LE CONTEXTE

Situation chronologique

A l’entrée du site, le visiteur débute le parcours par une rampe d’accès qui rappelle brièvement les grandes étapes de l’humanité de la Préhistoire à l’Âge du Fer. Il pénètre ensuite dans le premier village reconstitué du site: le village gaulois.

L’Âge du Fer est divisé en deux grandes périodes: le Hallstatt (800 av J.C.- 450 av J.C.) et La Tène (450 av J.C.-58 avt J.C).

- Le Hallstatt correspond à l’émergence de peuples qui apparaissent de la Bohême jusqu’au Bassin parisien sous la forme d’élites sociales structurées partageant de nombreux caractères communs: on les nomme Celtes. Ces peuples sont issus des populations de l’Âge du Bronze. Ils développent la métallurgie du Fer, adoptent le char léger, contrôlent le commerce des matières précieuses (cuivre, étain, ambre, sel) et pratiquent de nombreux échanges avec le monde méditerranéen. A la fin de cette première période, ils établissent des résidences princières fortifiées, enterrent leurs élites dans des tombes à char et développent une spécialisation des artisanats. Dans le Sud des Ardennes, les nécropoles du Mont Trotté et des Rouliers correspondent à cette étape.

- La seconde période de l’Âge du Fer, nommée La Tène, est marquée par une importante vague de migration des Celtes dans toute l’Europe. Ils assiègent Rome, puis Delphes. Ils s’installent durablement en Europe centrale et de façon plus éphémère dans le Nord de l’Italie et la Turquie. Ils se fondent aux populations locales du sud de la France et de l’Espagne. Leur culture s’étend alors du Portugal à la Roumanie. En France, on utilise traditionnellement le terme «gaulois» pour désigner ces populations celtes présentes en Gaule Belgique (à l’Est du Bassin parisien). De nouveaux princes émergent avec une prédominance guerrière; le char de guerre à deux roues apparaît. La hiérarchisation sociale s’accentue dans le Nord. Les tombes à char très riches se multiplient considérablement en Champagne-Ardenne ainsi que dans l’Aisne et la Loire, la Moselle et le Rhin.

L’émigration massive de ces contingents celtes du complexe nord-alpin vers l’Italie et le pourtour grec provoque une grande instabilité. Les sanctuaires bâtis se multiplient; ce sont des lieux de sacrifices animaux dédiés à des divinités souterraines. L’art celte se développe avec l’utilisation plus généralisée du compas; les compositions artistiques deviennent plus complexes et témoignent de la diffusion des connaissances Pythagoriciennes. On retrouve alors peu de sites d’habitats dans le nord. Dans les Ardennes, la tombe à char de Sémide, le site de «la Fricassée» à Tagnon, certaines sépultures du Mont Trotté et des Rouliers, ainsi que Ville-sur-Retourne, Brienne-sur Aisne, et quelques fosses de Mairy témoignent de cette phase.

A partir du IIIe s. av J.-C., des agglomérations celtes commencent à réapparaître dans le nord, hors des zones méditerranéennes. L’agriculture devient plus intensive et l’espace se structure en fermes et en hameaux atteignant souvent plusieurs hectares. Le fer devient commun et les artisanats témoignent d’une spécialisation accrue. Dans le nord de la gaule, l’habitat reste attaché à ses traditions architecturales anciennes: bois, torchis et chaume. On voit apparaître les innovations majeures du contexte rural: le soc en fer, la meule rotative, et les bas-fourneaux de réduction de minerai de fer. C’est cette période charnière du IIIe siècle avant J.C. qui a été choisie pour représenter le premier village de Montcornet remonte le temps. Il sera animé par des troupes de reconstitution historique allant de la Tène moyenne à la Tène finale. Les architectures à pans coupés caractéristiques de la Tène moyenne dans le 1/4 nord-est de la gaule se retrouvent également dans les Ardennes à la Tène finale sur le site d'Acy Romance.

Le village gaulois du projet

Il a été conçu par la chargée de développement sur la base des données archéologiques les plus récentes et les plus spécialisées de l’Inrap et du CNRS concernant cette période dans le nord de la Gaule. Une recherche a également été effectuée auprès du service archéologique du Musée de l’Ardenne et de la cellule archéologique territoriale. L’objectif est de représenter, à échelle réduite, une ferme aristocratique ardennaise de La Tène Moyenne en faisant revivre les gaulois ardennais à travers l’architecture, la vie quotidienne et les artisanats, tout en restant adapté au milieu forestier de Montcornet.

Les sites d’habitat étant extrêmement rares dans la région, la chargée de développement a fait appel au chercheur de l’Inrap le plus spécialisé sur l’architecture de la période afin de soumettre plusieurs hypothèses d’élévation à partir de vrais plans archéologiques. Ses hypothèses ont été étudiées avec l’agence 3 Arches, discutées avec les spécialistes, puis soumises à un bâtisseur très expérimenté en construction de maisons gauloises. Cette collaboration pointue et passionnée a été très fructueuse et bénéfique pour l’image du projet. Les hypothèses ont été validées à l’unanimité. Toutes les architectures ont été calculées précisément dans un soucis de réalisme; elles ont été placées en plan puis modélisées en 3D. L’organisation spatiale a été très étudiée afin de sécuriser le site, de respecter les règlements d’accessibilité et de le rendre attractif et fonctionnel.

Le concept reprend les caractéristiques des sites laténiens très hiérarchisés: enclos liés à l’élevage et à l’agriculture  à l’extérieur de la ferme, une entrée avec portique, un site totalement palissadé, une maison principale dominant l’ensemble, des structures de stockage positionnées le long des palissades, un espace central comprenant les artisanats en matériaux périssables, un potier, et une forge toujours éloignée des maisons, placée à la sortie du village.

Le parcours débute par un symbole fort de la période: l’invention de l’araire à soc de fer qui a permis de labourer les sols plus lourds et argileux comme ceux de Montcornet. Deux enclos en herbe évoqueront l’alimentaire et les matières premières artisanales à travers les moutons à cornes et les plantes tinctoriales. On entre ensuite dans une ferme où l’on stocke le grain et les céréales dans un grenier sur poteau et en silo enterré ; des démonstrations pourront être faites avec le visiteur afin de préparer des galettes de pain plat à cuire sur ardoises. La maison principale comprenant le foyer central, des expérimentations de cuisine gauloise y seront effectuées, le tout fondé sur les analyses archéologiques. On découvrira ce que mangeaient réellement les gaulois, loin des idées reçues. L’annexe permettra d’évoquer le rapport à la médecine à travers la sculpture sur bois d’objets votifs ainsi que les connaissances des gaulois en matière de géométrie déduite de l’analyse de leur extraordinaire iconographie celte dont nous avons preuve dans les Ardennes. Le visiteur découvrira l’artisanat qui a créé une grande renommée des gaulois dans toute l’Europe : le tissage sur métier vertical et la préparation des teintures végétales ; on découvrira le travail du cuir et des peaux à travers des expérimentations fondées sur des outils d’époque retrouvés dans les Ardennes et permettant de fabriquer chausses, gaines d’outils, fourreaux d’épées, cuirasses, et objets de la vie quotidienne. Le potier expliquera la fabrication des récipients alimentaires et cérémoniels ; le forgeron s’attaquera à l’artisanat représentant un défi technique pointu dans lequel les gaulois excellent: la transformation du métal grâce à la recherche expérimentale des gestes. On y découvrira les armes et les arts, les symboles religieux et les outils ruraux de la vie quotidienne. Pour clore le parcours et symboliser la zone métallurgique séculaire qu’est l’Ardenne forestière, une expérimentation de bas-fourneau sera réalisée.

Ce concept constitue la trame de fond du village dont les activités pourront évoluer au fil des ans ; tout artisan expérimenté, sérieux et motivé pourra rejoindre quand il le souhaite cette grande aventure. Inscrivez-vous!

 

Dans le projet, chaque village sélectionné, étudié, et reconstitué, représente un voyage cohérent dans un siècle précis. Une zone d’animation commune à toutes les périodes a été prévue en dehors des villages afin de proposer des combats et des spectacles. Une frise chronologique situant les Ardennes au sein de l’Europe de la Préhistoire à la fin du Moyen Âge sera placée en permanence dans la salle de conférence qui sera créée sur le site. En attendant la construction du projet, elle sera accessible au public chaque année à Montcornet lors des journées d’animation du mois de juillet.